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Colloque au Collège de France: “L’Homme peut-il s’adapter à lui-même?”

Fin mai a eu lieu au Collège de France un colloque de deux jours organisé par Gilles Boeuf sur le thème “l’Homme peut-il s’adapter à lui-même ?”.
Ce colloque a vu se succéder des intervenants prestigieux, dans des domaines très variés : biodiversité, génétique des populations humaines, sols et systèmes agricoles, neurosciences, statistiques, psychologie, politique, économie, …
Toutes les conférences étaient intéressantes, certaines remarquables; elles peuvent être utilisées en formation, ou par les professeurs de SVT, ou simplement écoutées par les élèves ou tout un chacun.

Je vous mets le lien du site où vous pouvez les trouver (il suffit de cliquer sur “colloque”, puis sur la conférence que vous avez choisie pour que l’enregistrement vidéo se lance).
http://www.college-de-france.fr/site/gilles-boeuf/symposium-2013-2014.htm
Source: Monique Dupuis, IGEN STVST

Chimpanzé vs humain

D’après une étude publiée mardi 4 décembre dans la revue Current Biology, les jeunes chimpanzés sont doués d’une mémoire photographique meilleure que celle des humains.

L’expérience consiste à montrer, pendant quelques dixièmes de seconde, une série de chiffres de un à neuf disposés aléatoirement sur un écran tactile. Les numéros sont ensuite remplacés par des carrés blancs. Reste au candidat à restituer les numéros dans l’ordre…

Surprise: les singes se sont montrés beaucoup plus habiles que les humains. Lors des tests les plus difficiles, au cours desquels les chiffres n’apparaissaient que 0,21 seconde, un chimpanzé de 5 ans a répondu juste deux fois plus souvent que les étudiants! Les chercheurs n’ont pas essayé de mettre les singes devant une console de jeu. Sans doute car leur déontologie leur interdit les mauvais traitements. 😉

LES HUMAINS VICTIMES DE L’EVOLUTION

D’après le professeur Tetsuro Matsuzawa, même après un entraînement de six mois, les étudiants ne parviennent pas à supplanter les jeunes primates. “Beaucoup de gens croient naïvement que les humains sont les créatures les plus intelligentes sur cette planète, conclut le chercheur. Je pense que cette recherche montre très clairement qu’ils se trompent.”

Selon lui, les résultats suggèrent que les êtres humains étaient probablement dotés à l’origine des mêmes capacités de mémorisation que les chimpanzés. Seulement, ils auraient perdu cette qualité au fil de l’évolution, renonçant “à leurs anciennes compétences pour en acquérir de nouvelles, comme le langage”.
Le phénomène est observable à une moindre échelle chez les chimpanzés : les chercheurs ont observé que leur mémoire s’altère avec l’âge. Les mères des jeunes singes ont beaucoup moins bien réussi que leurs petits.

Source: Le Monde.fr, Elise Barthet

Nos ancêtres et les ancêtres des gorilles étaient très (très) proches

Le scientifique David Reed travaille sur les poux. La raison: les soucis de santé évidents qu’ils posent avec les résistances qu’ils développent aux insecticides et les maladies qu’ils participent à propager. Il a donc étudié l’hérédité de ces parasites. Il a pour cela comparé le génome de poux humains à celui de poux de singes.

Si vous n’êtes pas très au fait du sujet, sachez au moins que les humains “bénéficient” non pas d’un parasite mais d’au moins deux.

Le premier, Pediculus humanus, est le plus commun, on le trouve dans les cheveux. Sa photo d’identité, prise sur le vif dans les cheveux d’un écolier:

Male human head louseLe second, Phtirius pubis, vit à l’étage inférieur, au niveau des poils pubiens. Sa photo d’identité: Pubic Louse

Formidable, me direz vous. Mais qu’a donc découvert ce scientifique en comparant les génomes des poux?

Son protocole consistait à utiliser les différences entre ces génomes pour évaluer le moment où ils ont divergé, c’est à dire que les espèces sont apparues.

L’analyse de l’ADN indique que les deux poux du chimpanzé et de l’homme ont divergé d’un ancêtre commun il y a environ 6Ma. C’est justement l’époque communément admise de la séparation de la lignée humaine et de celle des chimpanzés. Accrochés aux pelages respectifs de leurs hôtes, les deux poux ont alors évolué chacun de leur côté en s’ignorant totalement, explique sur le sujet Futura-Sciences.

David Reed, du Muséum d’histoire naturelle de Floride, à Gainesville, pensait obtenir des résultats similaires en comparant les poux humains et les poux des gorilles. C’est une incroyable découverte qui l’attendait. En effet, la divergence entre notre Phtirius pubis et le Phtirius pubis du gorille n’aurait eu lieu qu’il y a 3,5 millions d’années. Or, notre ancêtre commun avec le gorille, les scientifiques en sont sûrs, vivait il y a plus de 7 millions d’années.

Évolution des poux et de leurs hôtes. Les points indiquent les parasites correspondants aux hôtes | Les chiffres correspondent à l'âge exprimé en millions d'années. | Adapté de Reed et Weiss.
Évolution des poux et de leurs hôtes. Les points indiquent les parasites correspondants aux hôtes | Les chiffres correspondent à l’âge exprimé en millions d’années. | Adapté de Reed et Weiss.

Comment est-il possible que le Phtirius pubis humain soit si proche du Phtirius pubis du gorille?

On peut imaginer que nos ancêtres humains ont vécu dans une grande proximité avec les ancêtres des gorilles.

Il y a un jour, quelque part, des poux qui ont sauté depuis des gorilles vers des humains. Mais, hors de leur hôte, les pauvres insectes sans ailes ne survivent que quelques heures. Pour que la transmission soit possible, il fallait que les animaux soient très proches les uns des autres. « Cela pose d’intéressantes questions sur les raisons qui ont amené des gorilles et des ancêtres des hominidés à vivre si proches les uns des autres qu’ils ont pu échanger leurs poux… » s’interroge David Reed.

Ces informations démontrent que l’étude des génomes recèle encore des surprises de taille. Pas évident non plus de donner des explications satisfaisantes à ces faits indiscutables.
Western lowland gorilla (Gorilla gorilla gorilla)

Mise à jour: 1/11/2015